Cycle – expositions, mod’emploi

Expositions, mod’emploi

Ce cycle de conférences explore les expositions de la saison culturelle.

Chaque exposition vous est présentée par son commissaire ou par un spécialiste du sujet traité qui vous explique les œuvres, leur contexte de création, leur apport éventuel à l’histoire de l’art afin de vous donner un support à la visite.

Chaque conférence permet de mieux comprendre les œuvres, les artistes, les techniques utilisées, voire la fortune critique,

 

Picasso. Bleu, rose
Jeudi 20 septembre au cinéma l’Arlequin
par Dominique Dupuis-Labbé, conservateur général au service des musées de France

Le musée d’Orsay et le Musée national Picasso-Paris organisent une manifestation exceptionnelle consacrée aux périodes bleue et rose de Pablo Picasso. Si la période bleue (1901-1904) est marquée par les thèmes mélancoliques – la mort, la vieillesse, la pauvreté–, la période rose (1904-1906), durant laquelle la ligne s’épure, devient plus incisive, plus nerveuse, se concentre sur les maternités, le monde du cirque.

Cette exposition réunit des chefs-d’œuvre, pour certains présentés pour la première fois en France comme La Vie (1903, Cleveland Museum of Art), et propose une lecture renouvelée des années 1900-1906, période essentielle de la carrière de l’artiste qui n’a à ce jour jamais été traitée dans son ensemble par un musée français.

La présentation de cette exposition au musée d’Orsay manifeste la volonté d’inscrire le jeune Picasso dans son époque. Ses différentes productions sont ainsi remises en contexte avec le travail de ses contemporains ou prédécesseurs, espagnols et français (Casas, Nonell, Casagemas, comme Steinlen, Degas, Toulouse-Lautrec ou Gauguin) qu’il a pu observer directement, dans les salons ou galeries, ou indirectement, par le biais de la reproduction entre autres.

L’exposition rassemble un ensemble important de peintures et de dessins et ambitionne de présenter de manière exhaustive la production sculptée et gravée de l’artiste entre 1900 et 1906.

18 septembre 2018 – 6 janvier 2019, Musée d’Orsay

 


Joan Miró
Jeudi 27 septembre au cinéma l’Arlequin
par Dominique Dupuis-Labbé, conservateur général au service des musées de France

Réunissant près de 150 œuvres, cette rétrospective retrace l’évolution technique et stylistique de l’artiste. Miró crée à partir de ses rêves et nous ouvre les portes de son univers poétique. Peintre à la verve éclatante, lié au surréalisme, il inventa un langage plastique qui puise largement aux sources de sa Catalogne natale. Passionné aussi par d’autres formes d’art, il s’illustra notamment dans les domaines de la céramique, du textile…

Miró déclarait : « Les gens comprendront de mieux en mieux que j’ouvrais des portes sur un autre avenir, contre toutes les idées fausses, tous les fanatismes ». La création de cet artiste d’exception irrigue l’art de tout le XXe siècle, irradiant de sa puissance et de sa poésie près de sept décennies avec une générosité et une originalité inégalées.

Aux périodes fauve, cubiste et détailliste, suivent l’époque surréaliste où Miró invente un monde poétique, inconnu jusqu’alors dans la peinture du XXe siècle. Ces périodes fécondes mettent en évidence les questionnements de l’artiste, ses recherches ainsi que sa palette de couleurs toujours au service d’un vocabulaire de formes inusitées et nouvelles. Ni abstrait ni figuratif, riche de multiples inventions, c’est dans un parcours poétique que l’on découvre le langage résolument neuf que n’a eu de cesse de développer Miró. Son art prend ses sources dans la vitalité du quotidien pour s’épanouir dans un monde jusqu’alors méconnu où les rêves du créateur occupent une place privilégiée. « Il me faut un point de départ, explique Miró, ne serait-ce qu’un grain de poussière ou un éclat de lumière. Cette forme me procure une série de choses, une chose faisant naître une autre chose. Ainsi un bout de fil peut il me déclencher un monde. »

La montée du fascisme, dans les années 1930, le voit s’engager dans une lutte sans fin pour la liberté. Des peintures dites « sauvages » illustrent la force étrange et inédite qu’il donne à son œuvre dans ces moments de tension extrême. Dans les années 1940, l’apparition des Constellations, une série de petits formats exceptionnelle exécutée à Varengeville-sur-Mer, en Normandie, livre un dialogue avec des rêves inassouvis. Bientôt ce sera l’interrogation sur la céramique qui donnera naissance à une sculpture qui témoigne, là aussi, de cette passion pour la réalité et une part de rêverie qui n’était pas a priori imaginable dans cette discipline.

Les dernières salles sont consacrées aux vingt-cinq dernières années de la création du peintre. Dans son grand atelier de Majorque construit par son ami l’architecte Josep Lluis Sert, Miró peint des oeuvres de plus grands formats qui donnent une ampleur nouvelle à un geste toujours aussi méticuleusement précis. Le vide s’empare d’une grande partie des toiles longuement méditées. Miró déploie une énergie nouvelle avec des signes et des formes mettant en évidence une création toujours en éveil.

3 octobre 2018 – 4 février 2019, Grand Palais

 


Les impressionnistes à Londres. Artistes en exil (1870-1904)
Lundi 1er octobre au Majestic Passy
par Isabelle Collet, conservateur en chef au musée du Petit Palais

La guerre franco-allemande de 1870, la chute du Second Empire puis la Commune de Paris poussèrent de nombreux artistes installés en France à se réfugier au Royaume-Uni. Londres représente un refuge sûr pour ces artistes et le marché de l’art y est plus porteur. Leurs œuvres apportèrent à l’art et aux institutions britanniques un souffle de modernité. Et réciproquement…

Dans les mois ou les années qui suivirent la fin des événements, des réfugiés économiques vinrent rejoindre leurs rangs. L’Empire britannique est alors au sommet de sa puissance. Londres représente un refuge sûr pour les artistes quittant Paris, mais le choix de leur destination est aussi guidé par l’idée que le marché de l’art y est plus porteur. Leurs oeuvres exposées et, dans bien des cas, acquises par des collectionneurs anglais apportèrent à l’art et aux institutions britanniques un souffle de modernité. Réciproquement, l’expérience de l’exil outre-Manche exerça une influence nouvelle sur l’art français. Le parcours animé par des témoignages sonores, permet au visiteur de faire le voyage de Paris à Londres en revivant l’expérience de ces artistes en exil. Certains sont déjà célèbres (Carpeaux, Tissot, Daubigny), d’autres vont s’y révéler en enseignant leur art (Legros, Dalou), tandis que les futurs impressionnistes (Pissarro, Monet, Sisley) peinent à convaincre le public anglais malgré le soutien du marchand Durand-Ruel qui diffuse l’art français à Londres. Ces personnalités contrastées de la scène artistique française sont présentées parmi le cercle d’amis et de collectionneurs qui les ont soutenus durant leur séjour anglais. Co-organisée avec la Tate Britain de Londres, l’exposition réunit plus d’une centaine de chefs-d’œuvre nés au bord de la Tamise, dans l’atmosphère brumeuse et industrielle du Londres Victorien. L’histoire s’achève en 1904 avec Derain qui vient peindre un Londres aux couleurs du fauvisme.

21 juin 2018 – 14 octobre 2018, Musée du Petit Palais

 


Renoir père et fils, peinture et cinéma
Jeudi 4 octobre au cinéma l’Arlequin
par Sylvie Patry, conservateur en chef, directrice de la conservation et des collections du musée d’Orsay

L’exposition veut explorer le dialogue fécond et parfois paradoxal entre un père, Pierre-Auguste Renoir, et un fils, Jean Renoir, entre deux artistes, entre peinture et cinéma. Les points de contact entre l’œuvre du cinéaste et du peintre vont au-delà d’un jeu d’influence et de transposition.

Tout se passe comme si c’est en interrogeant la peinture de Renoir et de ses contemporains et, plus généralement, le XIXe siècle finissant, que Jean forge sa personnalité artistique et établit son autonomie de cinéaste. L’exposition revient de façon neuve sur son rôle dans la diffusion de l’œuvre de son père, ses relations avec le milieu artistique et sa pratique de céramiste qu’il met en parallèle avec celle du cinéma, car potiers et cinéastes composent avec le hasard.

Les relations entre Pierre-Auguste et Jean sont jalonnées de portraits croisés, entre un fils qui a posé pour son père sans jamais l’avoir filmé, mais qui prépare pendant près de vingt ans sa biographie encore très lue aujourd’hui. A travers des tableaux, des extraits de films, des photographies, des costumes, des affiches, des dessins, et des documents, pour certains inédits, cette exposition pluridisciplinaire explore des thèmes (le rôle du modèle féminin par exemple) et des géographies (la Seine, Montmartre, le Midi) communs à deux oeuvres que réunissent peut-être plus sûrement encore un goût de la liberté et une profonde humanité.

6 novembre 2018 – 27 janvier 2019, Musée d’Orsay

 


Le cubisme
Jeudi 11 octobre au cinéma l’Arlequin
par Dominique Dupuis-Labbé, conservateur général au Service des Musées de France

Le cubisme est sans doute le mouvement le plus décisif de l’histoire de l’art moderne, il a bouleversé la notion de représentation dans l’art.

L’exposition témoigne des échanges entre ses artistes et leurs correspondants du monde intellectuel et social contemporain en rassemblant quelque 300 œuvres des principaux artistes cubistes, tels que Picasso, Braque, Derain, Laurens, Delaunay, Léger, Picabia, Duchamp… Dans un parcours chronologique, éclairant pour le plus grand public les concepts clés, les outils et les procédures qui ont assuré l’unité du mouvement, l’exposition réunit pour la première fois les œuvres les plus déterminantes et les séries les plus significatives. Elle met en lumière le caractère à la fois expérimental et collectif de ce mouvement fondateur. Le monde cubiste est exposé dans ses dimensions sociétales et historiques à partir d’œuvres exemplaires et de ressources documentaires. Le public plonge au cœur des relations du cubisme avec d’autres champs de la pensée, d’autres formes littéraires, poétiques et musicales. Il explore la sensibilité du mouvement à la modernité, au présent et au futur, et s’attarde sur sa parenté avec les découvertes scientifiques et techniques symétriques. Cette exposition est réalisée en partenariat avec le Kuntsmuseum de Bâle. »

17 octobre 2018 – 25 février 2019, Centre Pompidou

 


Zao Wou-Ki, L’espace est silence
Lundi 15 octobre au Majestic Passy
par Isabelle de Maison Rouge, historienne de l’art

Artiste au croisement de trois mondes, parti de sa Chine natale pour Paris en 1948, à l’instant où l’art vivant se partageait de manière évidente entre la France et les États-Unis, il est demeuré attaché à une scène parisienne qu’il appréciait, tout en ayant pleinement perçu la vivacité de la création outre-Atlantique et en dépassant les oppositions culturelles et les luttes esthétiques.

Si son œuvre est aujourd’hui célèbre, les occasions d’en percevoir la complexité sont demeurées trop rares à Paris. L’exposition souhaite en renouveler la lecture et invite à une réflexion sur le grand format.

Le parcours débute au moment où Zao Wou-Ki adopte une expression nouvelle, « abstraite » – terme trop restrictif à ses yeux – avec l’œuvre de 1956 intitulée Traversée des apparences. Cette étape décisive précède un premier séjour aux Etats-Unis, l’année suivante, qui le conforte dans la quête d’un espace toujours plus vaste.

Artiste au croisement de plusieurs mondes, Zao Wou-Ki quitte la Chine en 1948 pour venir à Paris au moment où l’« art vivant » commence à se partager entre les États-Unis et la France. Son œuvre traverse les débats esthétiques qui marquent le développement de l’art moderne et, s’il appartient à une scène parisienne qu’il apprécie, il perçoit très tôt la vitalité de la peinture américaine. Progressivement, il renoue aussi avec certains traits de la peinture chinoise dont il s’était écarté de façon volontaire. Zao Wou-Ki n’aime pas le mot « paysage » auquel il préfère celui de « nature ». Ses rapports avec le monde extérieur sont faits de découvertes et de voyages, de rencontres fécondes dont les premières furent avec Henri Michaux et le compositeur Edgar Varèse. Poésie et musique demeureront pour lui deux pôles d’attraction permanents, comme une tension nécessaire avec la peinture – donnant sens, à mesure que son art s’affirme, à l’expression que l’artiste a inspirée très tôt à Michaux :L’espace est silence. En insistant sur la portée universelle de son art et sur sa place aux côtés des plus grands artistes de la deuxième moitié du XXe siècle, le Musée d’Art moderne présente une sélection de quarante œuvres de très grandes dimensions dont certaines, comme un ensemble d’encres de 2006, n’ont jamais été exposées.

1er juin 2018 – 6 janvier 2019, Musée d’art moderne Paris

 


Chefs-d’œuvre !
Lundi 29 octobre au Majestic Passy
par Dominique Dupuis-Labbé, conservateur général au Service des Musées de France

Quel sens a la notion de chef-d’œuvre pour Pablo Picasso ? L’exposition « Picasso. Chefs-d’œuvre ! » répond à cette question en réunissant des œuvres maîtresses, pour certaines présentées à Paris pour la première fois, et en retraçant l’histoire de leur création et de leur accueil critique.

4 septembre 2018 – 13 janvier 2019, Musée Picasso

 


Bellini-Mantegna
Jeudi 8 novembre au cinéma l’Arlequin
par Fabrice Conan, historien de l’art

Andrea Mantegna (1431-1506) et Giovanni Bellini (c. 1435-1516) développent une relation à la fois professionnelle et personnelle au cours de la Renaissance vénitienne. Mantegna épouse la sœur de Giovanni en 1453, entrant ainsi dans l’un des plus grands ateliers de Venise dirigé par Jacopo Bellini, le père de Giovanni. Les échanges intenses d’idées et le jeu d’influences qui en résulte auront des répercussions fondamentales sur la peinture en Italie.

L’exposition Mantegna et Bellini, représentent à traves des prêts importants de peintures, de dessins et de sculptures, explore et compare le travail de ces deux éminents artistes qui étaient également liés par le mariage. Le cœur de l’exposition est formé par la juxtaposition historique de deux thèmes traités par les deux protagonistes  «L’agonie au jardin des oliviers» (National Gallery Londres) et «La présentation au temple» – Mantegna de la Gemäldegalerie de Berlin et Bellini de la Fondazione Querini Stampalia de Venise.

En 1460, Mantegna s’installe à Mantoue où il occupe le poste de peintre de cour à la famille dirigeante, les Gonzague, jusqu’à sa mort en 1506. Bellini, qui mourut 10 ans plus tard, a passé toute sa carrière à Venise républicaine. Malgré la distance qui les sépare, leur travail témoigne de leur échange artistique créatif continu pour le reste de leur longue vie.

1er octobre 2018 – 27 janvier 2019, National Gallery, Londres & 1er mars – 30 juin 2019, Staatliche Museen zu Berlin

 


Collections privées. Chefs-d’œuvre de collections particulières de l’impressionnisme au fauvisme
Lundi 12 novembre au Majestic Passy
par Marianne Mathieu, chargée des collections du musée Marmottan

Des chefs-d’œuvre, signés entre autres par Monet, Degas, Caillebotte, Renoir, Rodin, Camille Claudel, Seurat, Signac, Émile Bernard, Gauguin, Van Gogh, Redon, Vuillard, Bonnard, Derain, Vlaminck ou Matisse témoignent de la vitalité des arts, de l’impressionnisme au fauvisme. Une promenade inédite à travers les arts de la fin du XIXe au début du XXe siècle !

Le musée Marmottan Monet présente, du 13 septembre 2018 au 10 février 2019, l’exposition «Collections privées : un voyage des impressionnistes aux fauves». Soixante-deux peintures, dessins et sculptures conservés en mains privées (Europe, Etats-Unis, Amérique latine) et dont une importante partie n’a jamais ou rarement été vue à Paris, composent un itinéraire pictural, de Monet à Matisse. Ce n’est pas un hasard si une telle manifestation a pour écrin l’hôtel particulier de la rue Louis Boilly dans le seizième arrondissement de Paris. Le musée Marmottan Monet est avant tout un musée de collectionneurs c’est-à-dire une institution dont l’intégralité des collections permanentes – y compris le premier fonds mondial d’œuvres de Claude Monet – est issu de donations privées. Ainsi, sa vocation scientifique est d’apporter un éclairage sur le rôle des amateurs dans la vie des arts, son devoir est de leur rendre hommage.

C’est dans ce cadre que s’inscrit «Collections privées : un voyage des impressionnistes aux fauves». Conçue comme une suite aux «Impressionnistes en privé» présentée en 2014 pour le 80ème anniversaire du musée, l’exposition présente non seulement des chefs-d’œuvre de l’impressionnisme mais aussi des pièces majeures ou inédites issues des principaux courants picturaux qui ont marqué la vie des arts en France jusqu’au début du xxe siècle. Dix-neuf Monet, Renoir, Pissarro, Degas et Caillebotte inaugurent le parcours. Paysages de Bordighera, Belle-Ile, Rouen, Varengeville, bouquets de chrysanthèmes et autre nature morte, élégants portraits féminins et scènes de genre figurent dans cette section qui s’organise autour du spectaculaire Pont de l’Europe de Gustave Caillebotte, le dernier chef-d’œuvre monumental de l’artiste en mains privées. Le néo-impressionnisme est représenté par de rares Seurat, Signac, Rysselberghe mais aussi Van Gogh. Gauguin arrive ensuite avec l’école de Pont Aven remarquablement mise en avant à travers des pièces majeures d’Emile Bernard dont Le Printemps et Les lutteurs sont présentés pour la première fois à Paris. La figure singulière de Toulouse-Lautrec n’est pas oubliée avec trois importants tableaux. Dans le registre de la sculpture, Camille Claudel a la part belle avec quatre numéros dont un plâtre inédit de La petite châtelaine. Citons également un marbre de Rodin : Tête de Saint Jean Baptiste et Tête d’Apollon de Bourdelle en bronze doré. Suivent les nabis : Bonnard, Vuillard et enfin Odilon Redon dont Le Quadrige, le char d’Apollon constitue une pièce marquante de l’exposition. Le parcours se poursuit avec Matisse dont l’une de œuvres, le précoce Côte sauvage, Belle-Ile-en-mer, n’est pas sans rappeler les Pyramides de Port Coton, effet de soleil de Monet présenté en début de parcours. Des œuvres fauves de Derain, Vlaminck, Dufy et Van Dongen clôturent l’exposition conçue comme une promenade à travers le temps et une ode à la couleur. Un parcours flamboyant

13 septembre 2018 – 10 février 2019, Musée Marmottan Monet

 


Alberto Giacometti
Lundi 26 novembre au Majestic Passy
par Isabelle de Maison Rouge, historienne de l’art

L’exposition propose une relecture de l’œuvre d’Alberto Giacometti (1901-1966) en regard des grands sculpteurs modernes de son époque. Chronologique et thématique, l’exposition fera dialoguer, avec des œuvres de 25 sculpteurs, les œuvres de jeunesse empreintes de tradition classique, sa rencontre avec les avant-gardes parisiennes, sa traversée du surréalisme et son retour définitif à la figuration.

Le musée Maillol met à l’honneur l’artiste suisse Alberto Giacometti et propose, en collaboration avec la Fondation Giacometti, Paris, une relecture de son oeuvre en dialogue avec les grands sculpteurs classiques et les modernes de son époque.

L’exposition présentera plus de cinquante sculptures de l’artiste, toutes issues de la collection de la Fondation Giacometti, mises en regard avec près de vingt-cinq oeuvres d’autres artistes majeurs tels que Rodin, Bourdelle, Maillol, Despiau, mais aussi Brancusi, Laurens, Lipchitz, Zadkine, Csaky ou encore Richier.

À travers un parcours chronologique et thématique, l’exposition mettra en lumière les relations entretenues avec ces artistes à chacune des étapes de l’évolution du style de Giacometti. Le parcours proposera ainsi un éclairage nouveau sur la période méconnue d’avant-guerre : d’abord les oeuvres de jeunesse de Giacometti encore empreintes de modernité classique (Despiau, Maillol), puis une seconde section plus importante consacrée à la rencontre des avant-gardes parisiennes après 1925 (Zadkine, Lipchitz, Csaky).

La tentation de l’abstraction, en marge du surréalisme, sera éclairée par de riches comparaisons (Brancusi, Laurens). Le retour définitif à la figuration d’après modèle de l’artiste après 1935, permettra d’évoquer la formation de son style de la maturité. De manière thématique, l’exposition proposera de nombreuses comparaisons avec Rodin, Bourdelle et Maillol : motif de la tête, question du socle, inspiration de la Haute Antiquité.

Les grands thèmes de l’après-guerre (groupes de figures, femme debout et homme qui marche), seront évoqués depuis leur source dans le surréalisme avec la Femme qui marche (1932) jusqu’aux oeuvres iconiques des années 1950-60 comme La Clairière (1950), Femme de Venise III (1956), ou encore l’Homme qui marche II (1960). Les orientations formelles de Giacometti seront analysées de façon novatrice par la comparaison avec plusieurs artistes de référence, en particulier Rodin, et avec certains de ses contemporains comme Richier.

Le parcours sera enrichi d’une sélection d’arts graphiques et de documents d’archives. Faisant écho à l’atelier d’Aristide Maillol reconstitué au sein du musée, le mythique atelier parisien de Giacometti sera également évoqué par un ensemble de lithographies de l’artiste et des photographies prises par certains des plus grands photographes du XXe siècle tels que Brassaï, Denise Colomb, Sabine Weiss ou Herbert Matter.

14 septembre – 20 janvier, Musée Maillol

 


La fabrique du luxe : le réseau des marchands-merciers parisiens au XVIIIe siècle
Lundi 3 décembre au Majestic Passy
par Fabrice Conan, historien de l’art

Paris s’illustre au XVIIIe siècle comme la capitale du goût et de la création. Un commerce tout nouveau se développe, celui des créateurs-décorateurs. Les marchands-merciers se trouvent au cœur d’un réseau entre le commanditaire, l’artisan-artiste et, un phénomène nouveau à la puissance croissante sur le marché, la « mode ».

« Vendeurs de tout, faiseurs de riens », suivant la célèbre et peu amène sentence prononcée par Diderot dans son Encyclopédie, les marchands-merciers constituent l’une des corporations parisiennes les plus importantes au XVIIIe siècle. Le musée Cognacq-Jay organise la toute première exposition consacrée à cette corporation particulièrement codifiée et incontournable dans la diffusion de l’art et du luxe français. À travers les destins de marchands comme Gersaint ou Duvaux, le musée présente une centaine d’œuvres d’art, de documents et d’archives illustrant les origines du luxe à la parisienne. À la fois négociant, importateur, collecteur, designer et décorateur, le marchand-mercier occupe un rôle majeur dans l’essor de l’industrie du luxe à cette époque. Personnage atypique, il entretient des liens dans la haute aristocratie et s’appuie sur un réseau international d’artistes comprenant les meilleures spécialités techniques et artistiques, qu’elles proviennent de Lyon ou de Chine. Les marchands-merciers se trouvent au cœur d’un réseau à trois pôles : le commanditaire, l’artisan ou artiste et, phénomène nouveau à la puissance croissante, la « mode ». Aussi, pour se faire connaître et agrandir leurs réseaux, ils développent les mécanismes de la promotion publicitaire, avec le concours de dessinateurs anonymes ou d’artistes comme Boucher ou Watteau. Dissoute durant la période révolutionnaire, cette corporation suscite encore aujourd’hui l’intérêt des historiens de l’art et d’universitaires qui en font leur sujet de recherches. Le parcours de l’exposition explore le contexte propice à l’épanouissement de ce réseau, les clefs de leur succès et leurs innovations, et s’attache à dépeindre quelques-uns de ses illustres représentants.

29 Septembre 2018 – 27 Janvier 2019, Musée Cognacq-Jay

 


Caravage à Rome, amis et ennemis
Jeudi 6 décembre au cinéma l’Arlequin
par Pierre Curie, conservateur du musée Jacquemart-André

L’exposition se consacre à la carrière romaine de Caravage et au milieu artistique dans lequel il a évolué. Le peintre entretenait des relations étroites avec le cercle intellectuel romain de l’époque : poètes et érudits, artistes et collectionneurs, commanditaires… Le musée dévoile ainsi toute l’étendue du génie de Caravage et rend compte de l’effervescence artistique qui régnait alors dans la Cité éternelle.

Provenant des grands musées italiens, les toiles présentées permettront de retracer la carrière romaine de Caravage (1592 – 1606) jusqu’à l’exil. Elles dialogueront avec les œuvres d’illustres contemporains, comme le Cavalier d’Arpin, Annibal Carrache, Orazio Gentileschi, Giovanni Baglione ou Ribera, afin de dévoiler toute l’étendue du génie novateur de Caravage et de rendre compte de l’effervescence artistique qui régnait alors dans la Cité éternelle.

Né en 1571, Michelangelo Merisi, dit Caravage, va révolutionner la peinture italienne du XVIIe siècle par le réalisme de ses toiles et par son usage novateur du clair-obscur, et devenir le plus grand peintre naturaliste de son temps.

Il s’agira tout d’abord d’évoquer la vie à Rome au début du XVIIe siècle, en montrant l’activité des ateliers des grands peintres, dans lesquels Caravage fait ses premières armes. C’est aussi à cette période qu’il fait des rencontres qui vont être déterminantes pour sa carrière, celles du marquis Giustiniani (1564 – 1637) et du cardinal Francesco Maria del Monte (1549 – 1627): ils deviennent deux des plus grands mécènes de Caravage et lui adressent de nombreuses et prestigieuses commandes. Évoquer ces collectionneurs et leurs palais, fréquentés par les amateurs et les artistes, permettra aussi de montrer l’influence de Caravage et de ses thèmes sur les peintres européens.

Après les amis et les soutiens de Caravage, l’exposition s’attachera à présenter ses ennemis et rivaux présents sur la scène artistique romaine de ce temps. Caravage, qui ne voulait pas être imité et qui le fut pourtant malgré lui, s’est parfois opposé à ses contemporains, à l’occasion de discussions, de rixes, et même de procès.

L’exposition s’achèvera sur l’épisode de la rixe de 1606, au cours de laquelle Caravage tue Ranuccio Tomassoni, et sur les derniers jours de l’artiste à Rome. Condamné à mort à la suite de cette rixe fatale, Caravage est contraint à l’exil et meurt en 1610, sans avoir pu regagner Rome.

21 septembre – 28 janvier 2019, Musée Jacquemart-André

 


Alfons Mucha
Lundi 17 décembre au Majestic Passy
par Françoise Kunzi, historienne de l’art

Figure emblématique de l’Art nouveau, Alfons Mucha (1860-1939) est un artiste multi-facette très prolifique qui a travaillé dans une grande variété de domaines et de genres. Il est surtout connu pour ses représentations de femmes, de fleurs et de la nature, mais son travail couvre également des idéaux esthétiques et philosophiques très personnels.

Alphonse Mucha est un artiste à la fois célèbre et méconnu. Célèbre pour avoir parfois donné son nom à l’Art nouveau, dont il fut sans doute le représentant le plus populaire. Méconnu pour son immense ambition de peintre voué à la cause nationale de son pays d’origine, qui ne s’appelait pas encore la Tchéquie, et des peuples slaves. L’exposition du musée du Luxembourg, la première consacrée à l’artiste dans la capitale depuis la rétrospective du Grand Palais en 1980, se propose donc de redécouvrir le premier Mucha et de découvrir le second, de redonner à cet artiste prolifique toute sa complexité artistique, politique et spirituelle.

Né en 1860 en Moravie, Mucha arrive à Paris en 1887 et commence une carrière d’illustrateur. En décembre 1894, c’est sa rencontre avec la grande tragédienne, Sarah Bernhardt, qui lance sa carrière d’affichiste. Il réalise pour elle l’affiche de Gismonda, une pièce de Victorien Sardou, première d’une longue série d’affiches publicitaires, ou simplement décoratives, variant à l’infini un répertoire de figures féminines entremêlées de fleurs et de volutes graphiques, qui lui apporteront une immense notoriété et l’amitié d’artistes comme Gauguin ou Rodin. Il est parallèlement sollicité pour des travaux de décoration, par le joaillier Georges Fouquet, ou d’illustration pour des livres.

Mais dès 1900 et à l’occasion de l’Exposition universelle, il entreprend de concevoir un projet qui dépeint l’histoire et la civilisation du peuple tchèque et des peuples slaves. Cette entreprise, teintée d’une philosophie humaniste, franc-maçonne, va l’occuper les trente dernières années de sa carrière et le conduire à peindre des toiles gigantesques, pour lesquelles il produit une abondante quantité d’études préparatoires au dessin virtuose.

Cette rétrospective montre donc non seulement les affiches qui ont fait sa gloire, mais aussi ses merveilleuses planches d’illustrateur, ses peintures, ses photographies, bijoux, sculptures, pastels qui permettent aux visiteurs de découvrir toute la diversité de son art.

12 septembre 2018 – 27 janvier 2019, Musée du Luxembourg

 


Un rêve d’Italie, la collection Campana
Jeudi 10 janvier au cinéma l’Arlequin
par Gianpaolo Nadalini, conseiller scientifique de l’exposition

Le marquis Campana a réuni la plus extraordinaire collection privée du XIXe siècle (plus de 10 000 pièces) mais, suite à des malversations, procès et faillite, la France, en 1861, en racheta la majeure partie. La personnalité de Campana, la manière dont il a réuni cet ensemble, le goût du collectionneur et la dispersion de la collection à travers l’Europe sont abordés tout en mettant en évidence le moment fondateur que représente cette collection dans l’affirmation de la culture italienne, dans le contexte de l’émergence de la nation italienne.

Le musée du Louvre et le musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg s’associent pour une exposition exceptionnelle autour de la très riche collection du baron Campana, constituée entre 1830 et 1850.

Pour la première fois en 160 ans, l’exposition permettra de donner une image complète de la plus grande collection privée du XIXe siècle, regroupant plus de 10 000 pièces (objets archéologiques, peintures, sculptures et objets d’art modernes), dont de nombreux chefs-d’œuvre, comme le Sarcophage des Epoux et la Bataille de San Romano de Paolo Uccello.

Abordant tout à la fois la personnalité de Giampietro Campana, la manière dont il a réuni cet ensemble proprement extraordinaire, le goût du collectionneur et la dispersion de la collection à travers l’Europe, le parcours mettra également en évidence le moment fondateur que représente la collection Campana dans l’affirmation de la culture italienne, dans le contexte de l’émergence de la nation italienne au cours du XIXe siècle. L’exposition illustrera ainsi l’importance de cette collection dans la conscience culturelle italienne et européenne.

18 octobre 2018 – 28 janvier 2019, musée du Louvre

 


Lorenzo Lotto : portraits
Lundi 14 janvier au Majestic Passy
par Fabrice Conan, historien de l’art

Les portraits créés par Lorenzo Lotto (1480-1557) se distinguent par l’invention de ses compositions, la profondeur psychologique et l’expression d’une vie intérieure trépidante chez ses personnages. Il s’intéresse à des membres de la haute bourgeoisie, de la petite noblesse, à des artistes et à des ecclésiastiques qui, parés des plus belles étoffes, des plus somptueux objets, témoignent de leur temps.

La National Gallery organise conjointement avec le Musée National del Prado de Madrid une exposition intégralement consacrée aux portraits de Lorenzo Lotto. L’œuvre de ce peintre vénitien du 16e siècle, contemporain de Titien, est aujourd’hui mise à l’honneur après avoir longtemps été méconnue du grand public.

En 1506, Lorenzo Lotto effectue son premier voyage à Rome, suivi par plusieurs autres à travers l’Italie. En 1525, il retourne à Venise pour fonder son atelier : les commandes vénitiennes les plus importantes lui échappent mais sa popularité au sein de la haute bourgeoisie lui permettent de se voir commander des portraits et des oeuvres de dévotion.

L’originalité des portraits de Lorenzo Lotto réside dans le choix de ses sujets. Contrairement à ses contemporains qui peignent les plus grands-le pape ou les empereurs-Lorenzo Lotto s’intéresse à des gens de la haute bourgeoisie, de la petite noblesse, à des artistes et à des ecclésiastiques. Plutôt que d’un souci de détail, il serait pertinent de voir les portraits de Lotto comme des oeuvres permettant de saisir l’instant où se noue le contact entre le peintre et son modèle. L’artiste fait office de confesseur : il lève le voile sur la beauté intérieure de son sujet à travers sa posture et son expression, en même temps qu’il trahit sa position dans la société en l’entourant d’objets chargés de signification.

5 novembre 2018 – 10 février 2019, National Gallery Londres & 19 juin au 30 septembre 2019, Musée National del Prado de Madrid.

 


Fernand Khnopff (1858-1921) – Le maître de l’énigme
Lundi 28 janvier au Majestic Passy
par Dominique Morel, conservateur en chef au musée du Petit Palais

Fernand Khnopff, peintre symboliste belge, invite à la rêverie et à une réflexion sur l’identité. L’exposition aborde ces grands thèmes : des paysages aux portraits d’enfants, des rêveries inspirées des primitifs flamands aux souvenirs de Bruges-la-Morte, des usages complexes de la photographie jusqu’aux mythologies personnelles, placées sous le signe d’Hypnos.

Artiste rare, le maître du Symbolisme belge n’a pas bénéficié de rétrospective à Paris depuis près de quarante ans.

L’exposition rassemblera une centaine de pièces emblématiques de l’esthétique complexe de Fernand Khnopff, peintre, dessinateur, graveur, sculpteur et metteur en scène de son œuvre. L’artiste joue avec les thèmes, du portrait aux souvenirs oniriques, du fantasme au nu, et invite à la rêverie et à une réflexion sur l’identité.

Les oeuvres majeures de Khnopff seront mises en regard avec celles d’artistes de son temps, de Gustave Moreau à Klimt et Von Stuck, permettant de le replacer dans le contexte de l’Europe fin-de-siècle.

Ainsi l’exposition tentera de recréer dans sa scénographie le parcours initiatique de sa fausse demeure qui lui servait d’atelier, comme celle du Palais Stoclet où se marièrent à Bruxelles les esthétiques belge et viennoise. Renonçant à la chronologie, elle abordera les grands thèmes qui parcourent son œuvre, des paysages aux portraits d’enfants, des rêveries inspirés des Primitifs flamands….

11 décembre 2018 – 17 mars 2019, Musée du Petit Palais